Chers client-e-s, chers ami-e-s de la Demi-Lune,
 
Vous l’avez peut-être déjà appris en voyant les pancartes affichées sur la porte d’entrée de l’établissement: nous sommes fermés depuis mercredi matin, et ce jusqu’à nouvel ordre, car la situation financière de l’entreprise est devenue intenable, les factures non payées se succédant et l’affluence irrégulière que nous enregistrons depuis maintenant plus d’une année ne permettant plus d’inverser la tendance.
 
Par souci de transparence, je me permets d’évoquer brièvement quelques-unes des causes à l’origine d’une telle chute:
– la Demi-Lune a commencé son activité le 31 juillet 2019, 7 mois avant la pandémie du COVID. Les 7 premiers mois avaient été très encourageants, mais il faut du temps pour acquérir une nouvelle clientèle et les fermetures successives auxquelles l’entreprise a du faire face, a incontestablement freiné son essort. Il a fallu à chaque fois remettre l’ouvrage sur le métier dans des conditions très particulières. À cela s’ajoute un crédit qu’il était nécessaire de contracter pour faire face au manque de rentrées et qui n’est 6 ans plus tard toujours pas intégralement remboursé.
 
– les comptes de l’entreprise ont été confiés pour les exercices 2021 et 2022 à une fiduciaire qui a fait de grossières erreurs, conduisant à établir des bilans erronés. Alors qu’on m’annonçait un bénéfice de plus de 80000 CHF, l’entreprise était en fait plus proche de zéro bénéfice qu’autre chose. Si j’avais su à cette époque que l’entreprise ne présentait aucun bénéfice, j’aurais fait une opération de restructuration que je n’ai pu effectuer qu’au moment où le pot aux roses a été découvert. Je suis actuellement en procès contre mon ex-fiduciaire, mais avant que justice soit faite, il faudra probablement encore du temps (recours successifs). 
 
– le contexte économique général: la hausse des faillites en Suisse pour la restauration au premier trimestre 2026 a augmenté de 76% par rapport à la même période en 2025. Les coûts (énergie, assurances et matières premières) ont fortement augmenté ces dernières années, réduisant encore les marges. La restauration dans le Canton de Vaud est confrontée à un manque de clientèle chronique. Je mesure moi-même à la Demi-Lune une baisse de plus de 20% par rapport à l’année précédente.
 
– le fait de faire fonctionner un dépôt de pain en même temps qu’un restaurant était un pari risqué, sachant que nous ne produisons pas nous-même les articles de boulangerie et que, de ce fait, les marges ne sont pas les mêmes. Bénéfice il y a, certes, mais tous les articles invendus sont de la perte sèche et quand on vend du pain, il faut quelqu’un qui soit là dès 7h00 du matin pour mettre en place et vendre et il s’agit aussi de rester ouvert l’après-midi pour tenter d’écouler le stock, alors que d’autres restaurants ferment entre 15h00 et 18h00. Tout cela a un coût.
– ma responsabilité de fondateur et gérant à laquelle je ne saurais me dérober. Des mauvais choix, des décisions discutables à certains moments clés, des calculs peut-être parfois trop approximatifs, une confiance naïve que certains problèmes allaient être résolus avec le temps alors qu’il aurait fallu réagir directement. 
 
Je ne cherche pas à diluer ma propre responsabilité, mais je tiens simplement à la situer dans le contexte dans lequel elle s’inscrit.
 
Pour conclure, ces prochains jours se décidera l’avenir de la Demi-Lune , plusieurs pistes sont actuellement ouvertes.
 
1) Un ou plusieurs investisseurs décident d’apporter les fonds nécessaires à la poursuite de l’activité (règlement des impayés), ce qui permettrait une continuité de l’offre actuelle, mais avec une nouvelle personne responsable de la gestion quotidienne de l’établissement afin de rectifier ce qui doit l’être. J’ai oeuvré durant presque 7 ans et n’ai pas réussi à conduire le navire en eaux calmes, quelqu’un d’autre saura probablement mieux le faire. 
 
2) Un acheteur décide de reprendre le fonds de commerce (mobilier, machines, vaisselle, portefeuille de clients, réputation, etc.). Cela permettrait de régler toutes les factures avant de déposer le bilan. Mais le propriétaire -La Commune de Chardonne- aura le dernier mot en acceptant ou non le candidat que je lui présente. 
 
3) Mise en faillite directe de l’entreprise. Les créanciers pourront alors faire valoir leur droit et récupérer tout ou partie de leurs dûs après que toutes les valeurs de l’entreprise aient été saisies. Le propriétaire des murs pourra ensuite lancer un processus de recrutement afin de trouver un nouveau restaurateur qui créera une nouvelle enseigne. Si ce scénario l’emporte, je prendrai alors contact individuellement avec tous les gens et sociétés à qui l’entreprise doit de l’argent.
 
Voilà, j’espère avoir été assez clair dans mes explications qui visent à ce que chacun puisse se faire un avis basé sur des faits concrets. 
 
Je vous remercie de votre confiance au cours de ces 7 dernières années où j’ai eu énormément de plaisir à vous accueillir et à vous servir. 
Une fois cette épreuve de la restructuration passée, je vais privilégier ma santé et celle de ma famille et tenter de retrouver un semblant de sérénité.
 
Bien à vous toutes et tous, 
 
Philippe Verdan